Scheldezicht – Un habitat urbain vertical dans le quartier Nieuw-Zuid d’Anvers

© SN Foto Steven Neyrinck

Le projet « Scheldezicht » a récemment été achevé au Nieuw-Zuid, un quartier d’Anvers en pleine expansion. Réalisé par CF Møller Architects en partenariat avec BRUT Architecture et Urban Design, il redéfinit la tour d’habitation comme une communauté sociale superposée. L’interaction entre les résidents y est stimulée par l’intégration d’un certain nombre d’espaces collectifs. Les espaces de circulation sont eux aussi conçus comme de vastes lieux de rencontre. Les lignes extérieures de la tour se caractérisent par un maillage fin de béton gris-blanc. Ce résultat n’a été possible que par une collaboration intensive entre tous les partenaires.

Le nouveau quartier durable du Nieuw-Zuid se construit depuis 2010 sur les rives de l’Escaut, au sud du centre historique d’Anvers. Les promoteurs souhaitent en faire un quartier vivant où alternent logements, équipements publics et bureaux. Outre l’accent mis sur les espaces verts, une circulation automobile bien pensée et une gestion consciente de l’eau, de l’énergie et des déchets, ils accordent également beaucoup d’attention à l’architecture. La façade élégante de Scheldezicht imaginée par CF Møller Architects avec l’aide de BRUT Architecture et d’Urban Design crée un point de référence dans le quartier. C’est en 2014 que les architectes ont remporté le concours international organisé par Triple Living en collaboration avec le maître architecte d’Anvers. La façade a en fait été conçue comme une communauté sociale superposée. Gunther Slagmeulder, de BRUT Architecten, explique : « Les projets résidentiels superposés sont souvent confrontés au problème du manque de contact social. Même si les gens se croisent souvent dans l’ascenseur ou dans le hall d’entrée, on ne peut pas vraiment parler de rencontres. Dans ce projet, nous voulions relever le défi de ce paradoxe apparent et stimuler les interactions sociales – mais pas aux dépens de la vie privée. Notre concept est basé sur une superposition d’habitations urbaines classiques ressemblant à celles qu’on retrouve dans le Zuidwijk tout proche. À l’intérieur, les rencontres entre résidents sont stimulées par l’aménagement d’espaces collectifs et d’espaces de circulation, comme de vastes lieux de rencontre. »

Un esprit de quartier dans une tour résidentielle

Scheldezicht offre une large typologie de logements, dans le but d’attirer un public divers. Cela va des petits appartements pour les jeunes aux lofts pour jeunes couples à double revenu, en passant par de grandes habitations familiales, des appartements adaptés aux seniors ou des duplex plus audacieux. Ensemble, ces habitations constituent des mini-communautés verticales. Le local de réparation des vélos, la buanderie collective et une salle commune sur deux étages donnant sur une terrasse en toiture au quatrième étage ne manqueront pas d’y contribuer. Outre les appartements, le complexe accueillera également des magasins et des bureaux.

Les atouts sociaux du concept ont en partie conditionné le design de la tour ; l’architecture part de l’idée que le bâtiment montre à l’extérieur ce qu’il fait à l’intérieur. La tour effilée est drapée d’un voile constitué d’un motif en plans. Gunther Slagmeulder : « En même temps, cette structure légère dévoile la répartition et le regroupement des différentes typologies de logement. À chaque niveau du voile, les habitations sont regroupées en une entité collective qui donne sur les terrasses privatives. Les balcons sont décalés les uns par rapport aux autres, ce qui permet aux voisins d’avoir des contacts tout en préservant suffisamment leur intimité. » Les profils n’ont pas une fonction structurelle, mais une fonction esthétique architecturale.

Sans idées préconçues

On trouve en outre de généreux espaces extérieurs au sein de cette trame. Gunther Slagmeulder : « Les espaces extérieurs ajoutent à la qualité de vie des logements sous la forme de terrasses, de jardins d’hiver et d’une terrasse collective sur le toit. Ils contribuent à définir l’apparence du projet Scheldezicht et à établir une transition entre les espaces imposants de la grande ville et ceux d’un habitat à échelle humaine. »

Pour créer les généreux espaces extérieurs et l’élégant voile gris-blanc exactement comme les concepteurs l’imaginaient, une collaboration poussée entre toutes les parties a été nécessaire. Eveline Decroix est directrice des ventes chez Verheyen Beton : « Le résultat obtenu est le fruit d’une concertation intensive avec l’entrepreneur Interbuild et le bureau d’études Establis. En réfléchissant ensemble sans idées préconçues, nous sommes parvenus à réaliser le projet envisagé par les architectes de la manière la plus précise possible. »

Pour ce qui est de la structure, la première partie du défi portait sur le porte-à-faux des terrasses. Eveline Decroix poursuit : « Quand on examine un plan typique, on s’aperçoit d’emblée que les côtés Est et Ouest présentent de très importants porte-à-faux, d’environ 2,90 m de long. Côté Nord, le futur résident dispose d’une pièce supplémentaire elle aussi en saillie, soit hors de la partie isolée. Cela permet d’agrandir l’espace de vie de manière économique et s’inscrit parfaitement dans la philosophie de Triple Living, chargé du développement du quartier Nieuw-Zuid. Les jardins d’hiver ou loggias ainsi créés peuvent être aménagés en coin lecture ou en coin salon supplémentaire. Mais cet important porte-à-faux doit bien entendu être ancré dans la structure, car le balcon manque de soutien. Voilà qui constituait déjà un défi de taille. Et c’était sans compter les colonnes en béton architectonique qui sont placées aux coins des porte-à-faux. À certains endroits, ces colonnes font quatre étages de hauteur. Il a fallu tenir compte de tous ces éléments pour soutenir les saillies. Finalement, nous avons retenu une solution combinée. Pour le porte-à-faux, Schöck Belgium a réalisé des encorbellements sur mesure, qui ont également permis de résoudre le problème des ponts thermiques. Pour soutenir les colonnes d’angle, nous avons décidé avec Establis et Interbuild d’ajouter une poutre en métal très lourde qui pénètre très loin dans la dalle de sol. La combinaison de ces deux solutions nous a permis d’installer à la fois les saillies et les colonnes en toute sécurité et en conformité avec la directive PEB. »

Le poids de la colonne d’angle

Le défi suivant était le poids d’une colonne d’angle massive de quatre étages en béton architectonique. Eveline Decroix : « Si nous les avions réalisées en béton massif, ces colonnes de quatre étages auraient pesé pas moins de 15 tonnes chacune. Avec la meilleure volonté et les meilleurs ancrages du monde : placer des colonnes d’un tel poids sur une terrasse est impossible… »

La première étape logique pour réduire le poids des colonnes était donc de les rendre creuses. Une structure en acier revêtue de béton architectonique a d’abord semblé être la solution. Mais des calculs plus poussés ont montré qu’une colonne de quatre étages aurait encore été trop lourde pour cette construction.

«Slender wall»

Eveline Decroix : « En approfondissant ses recherches, notre directeur Michel Catteau a eu l’idée d’appliquer notre expérience du « slender wall » (mur mince) – en fait un revêtement de façade léger – à ces éléments. Plutôt qu’une structure en acier, nous avons conçu un cadre plus léger pouvant être recouvert de chaque côté de 4 cm de béton. Et ce cadre s’est avéré suffisamment léger. Mais le bureau d’études craignait qu’il ne s’effondre sous sa propre hauteur. »

Finalement, les partenaires ont retenu une solution à la fois simple et ingénieuse. Eveline Decroix : « Nous avons réfléchi plus loin et avons en définitive eu l’idée de faire interagir l’acier et le béton par le biais d’un raccord à goujons placé sur le cadre en métal et coulé dans le béton. » (Plus de détails dans l’encadré)

Montage sur le chantier

La solution était donc trouvée pour l’ancrage, les ponts thermiques et le poids des colonnes, mais il fallait encore monter tous ces éléments en toute sécurité. Eveline Decroix : « Les colonnes sont évidemment très hautes, ce qui entraîne toujours un risque qu’elles ne se déforment sous leur propre poids. C’est pourquoi nous avons décidé de ne pas déposer les colonnes sur les balcons, mais de les accrocher au balcon de l’étage supérieur. En les accrochant, nous avions l’assurance que les colonnes seraient suspendues bien verticalement. En bas, une connexion coulissante a été prévue pour les charges de vent afin d’éviter que les forces verticales ne soient transmises. »

« En discutant ensemble des différents défis posés et en réfléchissant sans idées préconçues », conclut Eveline Decroix, « nous sommes parvenus à concrétiser l’idée de l’architecte, qui était de créer une structure de colonnes élancées ne reposant pas au sol, mais commençant seulement au premier étage. Notre plus grand mérite est d’avoir utilisé du béton qui ne pèse qu’un tiers du poids d’une colonne massive. » (KD)

Comment les colonnes sont-elles produites ?

Verheyen Beton a conçu un cadre en métal basé sur le principe de son « slender wall ». Dans un second temps, les goujons ont été placés sur le cadre. En les coulant dans le béton, le cadre et la construction en béton vont travailler ensemble, offrant ainsi à la co-lonne une résistance suffisante.
L’armature est constituée d’acier galvanisé, car seuls 4 cm de béton sont coulés au total, ce qui est suffisant pour résister à la charge du vent et pour respecter les classes environnementales applicables.
Juste avant le coulage, le cadre est suspendu au-dessus de l’armature. Une fois le béton coulé dans l’armature, le cadre peut être abaissé, de sorte que l’ensemble de la construction durcit ensemble.
Comme les colonnes devaient avoir quatre côtés lisses, elles n’ont pas pu être coulées en une fois. Le coulage dans ce coffrage ouvert a déjà permis d’obtenir trois faces lisses.
Le dernier panneau a été coulé séparément et relié aux trois autres côtés. Pour cela, des pattes en acier ont été prévues dans l’élément principal. Les goujons dans le couvercle ont pu être insérés dans le mortier humide, de façon à adapter le quatrième pan-neau comme un « couvercle » sur l’élément principal, qui présente ainsi quatre côtés lisses.
Plusieurs éléments ont été coulés pour les colonnes de différents étages. La partie rectangulaire a été montée en usine sur l’extrémité polygonale, créant ainsi un élégant ensemble pentagonal.

SCHELDEZICHT - Anvers, 2020
Architecte : C.F. Møller Architects i.s.m. BRUT Architecture and Urban Design
Maître d’ouvrage : Triple Living nv
Entrepreneur : BAM Interbuild bv
Assistance lors de l’exécution : ABT België nv
Ingénieur stabilité : Establis Antwerpen bv
Ingénieur techniques et PEB : CES nv
Ingénieur acoustique : Venac bvba
Architecte paysagiste : C.F. Møller Landscape Architects avec BRUT Architecture and Urban Design

Programme :

  • 12.240 m2 de logements
  • 670 m2 de communs
  • 1.920 m2 de bureaux
  • 640 m2 d’espace commercial
  • 5.500 m2 de terrasses et balcons
  • 5.565 m2 de garage souterrain
  • Tour résidentielle assortie de bureaux, espaces commerciaux et communs, avec garage souterrain.

Produits en béton : Verheyen Beton nv

  • 3.300 m² de balcons en béton architectonique lisse gris-blanc clair,
  • 138 colonnes (quatre et cinq côtés) hautes de jusqu’à quatre étages
  • Passerelle postcontrainte

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