Siège wallon de la banque Belfius (Namur) – La préfabrication comme solution pour un parcours des Combattants

Pour son nouveau siège wallon, la banque Belfius a jeté son dévolu sur le remarquable bâtiment conçu par BAEB sur un site proche de la gare de Namur. Cette structure est totalement enclavée au milieu des voies de chemin de fer, le long du Boulevard des Combattants. Le squelette en béton, composé de colonnes, poutres et dalles alvéolées, a été entièrement fabriqué hors site. Ce haut degré de préfabrication s’est rapidement imposé pour rendre les choses possibles, avec en prime de sérieux atouts à la clé. C’est ce nous expliquent Emmanuel Bouffioux et Daniel Martin, du bureau d’architecture BAEB.

Au terme d’un chantier qui aura duré deux ans, le nouveau vaisseau amiral wallon de Belfius est désormais amarré aux quais de la gare de Namur. Construit par Thomas & Piron Bâtiment pour le compte des promoteurs ARTONE et Brownfields, l’immeuble de bureaux de 6.000 m² (répartis en 7 niveaux hors-sol) est posé sur un socle de 3 niveaux de parking semi-enterré. Il attire tous les regards de par sa façade dessinée comme une répétition parfaite d’un module constant de vitrage et d’aluminium. Mais c’est à sa structure en béton préfabriqué que nous nous intéressons dans cet article.

Construire dans un mouchoir de poche

La réflexion sur la durabilité s’est centrée à la fois sur la facilité d’intervention sur chantier
et sur l’adaptabilité du bâtiment pour augmenter sa durée de vie. © Georges De Kinder

Emmanuel Bouffioux, architecte et fondateur du bureau du même nom : « Dès le début, nous avons visé un maximum de préfabrication hors site parce que le chantier est enclavé entre les voies de chemin de fer, avec à la clé une accessibilité très compliquée. Et nous étions soumis aux règles d’Infrabel excluant pratiquement toute manutention au-dessus des caténaires et des rails. Ce qui n’a pas facilité les choses. »

Emmanuel Bouffioux, architecte et fondateur du bureau du même nom : « Dès le début, nous avons visé un maximum de préfabrication hors site parce que le chantier est enclavé entre les voies de chemin de fer, avec à la clé une accessibilité très compliquée. Et nous étions soumis aux règles d’Infrabel excluant pratiquement toute manutention au-dessus des caténaires et des rails. Ce qui n’a pas facilité les choses. »

Dès que l’entrepreneur fut désigné – dans ce cas, il s’agissait de Thomas & Piron Bâtiment – BAEB a passé plusieurs semaines à étudier le projet en profondeur avec lui. Daniel Martin, architecte du projet : « La préparation du chantier en amont est très importante, car chaque entreprise a des habitudes différentes. Par exemple, l’un des problèmes à résoudre fut le positionnement de la grue, qu’il a fallu placer sur le débordement du parking (où étaient aussi stockés les dalles alvéolées en attente) pour couvrir tout le site de construction entre les voies. L’accès au chantier a représenté une contrainte majeure tout au long de la construction, ne permettant quasiment pas de stocker des matériaux sur place. Les livraisons étaient organisées à flux tendu, les camions attendaient sur le haut de Suarlée avant de descendre vers le chantier au signal du conducteur de chantier, pour être déchargés. »

Emmanuel Bouffioux : « Nous avons effectué tout un travail préparatoire avec le préfabriquant Ergon pour trouver la meilleure façon de réaliser les choses. Ils ont proposé de commencer par monter des colonnes de 3 niveaux (soit 9 m de haut) pour la partie parking, pour ensuite poursuivre avec des colonnes s’étendant de 2 niveaux pour les étages de bureaux. Nous avons donc dans un premier temps vu pousser une forêt de colonnes dans laquelle ont été montés poutres et dalles alvéolées. » A ce stade, l’avancement du projet était spectaculairement rapide. Puis est venue la pose de chapes de compression, indispensables pour rigidifier l’ensemble mais entraînant un temps d’attente, tout comme la réalisation du noyau de circulation en prémurs remplis sur place, assurant le contreventement.

La solution préfabriquée en poutre-colonne s’est imposée pour des raisons de timing évidemment, mais aussi et surtout à cause de la configuration enclavée du chantier et donc de son manque d’accessibilité. Le contexte a poussé à simplifier les choses et, dans ce cas précis, le bâtiment aurait coûté plus cher s’il avait été construit de façon plus classique. Mais ce n’est certainement pas une généralité, chaque projet étant différent.

Un bâtiment adaptable

Emmanuel Bouffioux est intimement persuadé que la préfabrication prendra de plus en plus d’importance à l’avenir non seulement à cause de la pénurie de main d’œuvre, mais aussi parce que travailler avec un système poutre-colonne permet de répondre à certains impératifs de durabilité, le bâtiment pouvant facilement évoluer dans le temps et donc durer plus longtemps. « Aujourd’hui, on nous demande de la circularité, mais en réalité, il nous faut travailler sur des bâtiments qui n’ont pas été prévus pour être démontés. Nous avons commencé à Bruxelles le chantier Couronne, qui consiste en la construction de 200 kots pour étudiants et où la structure intérieure est aussi réalisée en poutre-colonne, ce qui permettra de réaffecter le bâtiment en plateaux de bureaux après avoir en avoir vidé l’intérieur. Je crois en effet que quand on conçoit un bâtiment neuf aujourd’hui, il faut envisager sa reconversion dans 50 ans. En travaillant avec des éléments préfabriqués, on crée un certain potentiel d’adaptabilité en vue d’un futur réaménagement, la structure ne prenant que très peu de place… Même si cela coûte parfois un peu plus cher au départ, cela donne une valeur ajoutée au bâtiment. »

Pour revenir au projet namurois, la préoccupation des architectes était de trouver la solution la plus durable et circulaire possible, dans un coût qui reste raisonnable, tout en gardant une architecture marquante pour un tel bâtiment qui assure une fonction de signal en entrée de centre-ville. Le siège wallon de la banque Belfius a été conçu il y a 5 ans, à l’époque où encore aucune initiative de décarbonatation du béton n’était arrivée à maturité. La réflexion sur la durabilité s’est donc logiquement centrée à la fois sur la facilité d’intervention sur chantier et sur l’adaptabilité du bâtiment pour augmenter sa durée de vie.

Emmanuel Bouffioux : « Nous avons commencé le chantier du grand Hôtel de police de Tournai, conçu sur le même mode constructif poutre-colonne, après avoir remporté le concours notamment grâce à l’argument de la flexibilité du bâtiment sur le long terme. Quand la police déménagera dans 20 à 30 ans, le bâtiment pourra devenir un musée ou un centre culturel… »

Un savoir-faire belge qui a de l’avenir

« Quand nous dessinons un tel projet, nous consultons toujours nos contacts chez les fabricants de préfa pour optimiser la structure au maximum, en faisant parler leur expérience pour aller le plus loin possible en tenant compte du transport. Nous travaillons en direct avec eux dès la genèse du projet. Si nous ne le faisions pas, nous passerions à côté de grosses économies. »

La Belgique compte plusieurs entreprises spécialisées en préfabrication de béton, dont certaines exportent massivement vers la France. C’est le cas par exemple de Ronveaux. Cordeel a pour sa part mis au point un système complet de préfabrication intégrant les évacuations dans les dalles de plancher, ce qui fait gagner plusieurs centimètres en hauteur par niveau. Il y a clairement un savoir-faire belge en la matière. Pour Emmanuel Bouffioux, l’impression du béton peut d’ailleurs trouver tout son sens dans la préfabrication en atelier, pour optimiser la production et l’accélérer. « Le robot n’a pas sa place sur chantier, mais en atelier, pour façonner les différents éléments pouvant ensuite être assemblés sur chantier. Des techniques plus complexes comme la précontrainte ne sont d’ailleurs pas mises en œuvre sur chantier, mais en atelier. »

Nous ne sommes donc pas encore au maximum des possibilités qu’offre la préfabrication. Outre ses avantages connus de longue date – qui sont une diminution drastique de la durée du chantier et donc du coût de main d’œuvre et une fabrication non impactée par les intempéries, donc de qualité constante – la préfabrication gagne de plus en plus de terrain pour d’autres raisons, que nous venons d’évoquer. Certains projets s’y prêtant évidemment mieux que d’autres… (PS)

© Georges De Kinder

Siège Wallon de la Banque Belfius – Namur, 2021

  • Maître d’ouvrage : ARTONE sa et Brownfields
  • Architecte : Bureau d’architecture Emmanuel Bouffioux BAEB sprl
  • Bureau d’études : Setesco Structural Engineers sa
  • Entrepreneur : Thomas & Piron Bâtiment sa
  • Éléments en béton préfabriqué : ERGON nv
  • Chiffres clés :
    3.700 m² de parking semi-enterré
    6.000 m² hors-sol