100 ans de performances en béton pour l’un des plus grands acteurs wallons

À proximité immédiate du centre de Ciney est implanté le site historique des Etablissements E. Ronveaux, qui fêtent cette année leurs 100 ans d’existence. Une « ville dans la ville », que le fondateur Eugène Ronveaux pouvait contempler depuis la rotonde de sa villa située un peu en hauteur. C’est précisément là que Bernard Dehut, CEO, Jean-Baptiste Lansival, directeur technique du Département Construction et Corentin Godefroid, chargé de communication, nous ont reçu pour évoquer le présent et l’avenir de l’entreprise centenaire, intégrée depuis 2018 au groupe de construction Wanty.

Bernard Dehut, au centre, prend la pose avec des collègues, dont Jean-Baptiste Lansival, à droite sur la photo.

Si le site industriel, lové dans une cuvette, impressionne par son silence, il intrigue aussi par sa bipolarité. Bernard Dehut, CEO depuis 2020 : « Quand je suis arrivé il y a trois ans à la demande de Christophe Wanty et Benoît Soenen, j’ai découvert deux entreprises en une seule, chaque pôle – le Département Construction d’une part, le Département Electricité d’autre part – représentant à peu près la même chose en termes de personnel et de chiffre d’affaires. C’est assez unique et cela explique pourquoi seul le groupe Wanty y a vu une opportunité au point de reprendre l’ensemble du personnel (n.d.l.r. : en augmentation de 30 unités depuis lors). »

Bien grandir ensemble

On peut en effet parler d’une belle complémentarité. Spécialiste en déconstruction, construction de voiries et réseaux divers mais également en ouvrages d’art et en construction de bâtiments préfabriqués en béton, Wanty a compris que Ronveaux pouvait contribuer à boucler la boucle de la construction circulaire, et ce dans le cadre de la reconversion des nombreux sites de type « brownfield » dont la Wallonie est riche. En outre, dans un contexte d’accès aux matières premières de plus en plus difficile, de volonté de diminuer son empreinte carbone et de valorisation de plus en plus grande de ses produits recyclés, le groupe travaille sur un projet innovant, labellisé par la Région Wallonne, en collaboration avec des industriels et universités pour utiliser les granulats recyclés dans la fabrication de bétons à haute valeur ajoutée. Bernard Dehut : « On ne peut pas tout construire aujourd’hui avec du béton recyclé mais on voit que les résistances de ces bétons s’améliorent de jour en jour et ouvrent de nouvelles perspectives d’utilisation. » Rappelons que la spécialité des Ets E. Ronveaux est justement la production d’éléments préfabriqués en béton à (très) haute performance, indispensables notamment en génie civil. Jean-Baptiste Lansival précise : « Cela fait maintenant de longues années que nous produisons quotidiennement du béton C80/95 auto­plaçant. Nous avons été les premiers en Europe à le faire. »

Dans le cadre de cet article, nous ne nous attarderons pas sur les activités du pôle « Electricité » de Ronveaux, riche et diversifié, si ce n’est en mentionnant que la production de poteaux en béton pour la distribution du réseau électrique en aérien symbolise le point de rencontre entre les deux pôles d’activité de l’entreprise cinacienne. Pour la partie Construction du site de Ciney, on distingue plusieurs halls industriels et deux centrales à béton, l’une pour le béton armé, l’autre pour le béton précontraint, même si l’une peut prendre le relais de l’autre en cas de défaillance. La quasi-totalité des bétons produits à Ciney le sont en autoplaçant, dont la production est exempte de vibrations, ce qui explique l’absence de nuisances sonores constatée d’emblée.

La France, si proche et si différente à la fois

Quand on parcourt les derniers projets de référence de Ronveaux, on est frappé par le nombre de chantiers d’importance menés outre-Quiévrain. Par rapport à la Belgique, la France est un pays où le béton est encore souvent coulé en place. Jean-Baptiste Lansival : « Le Département Construction réalise environ 30 % de son chiffre d’affaires en France. Là-bas, le modus operandi est différent : pas d’entrepreneurs généraux comme chez nous, mais des ensembliers qui vont chercher les corps de métier pour leur savoir-faire et les coordonnent. Ronveaux y est apprécié pour sa capacité à produire mais aussi à poser des structures en béton préfab, les deux volets étant liés sur le marché français. »

Les Français découvrent donc de plus en plus les avantages du béton préfabriqué par rapport à celui coulé en place : résistance à la compression exceptionnelle (Ronveaux produit aujourd’hui principalement du C50/60, mais aussi du 80/95 voire du C90/105), qualité maîtrisée par un processus de production en environnement clos et évidemment une rapidité de mise en œuvre sur le chantier. « Le squelette granulaire d’un béton préfab C80/95, par exemple, est bien plus compact que celui du béton coulé en place. Et donc il est évident que la durabilité d’un tel béton est largement supérieure à celle d’un matériau coulé en place. Notre rayon d’action est cependant limité par le coût du transport. »

Figurant en bonne place parmi les plus belles références de Ronveaux, la construction d’une plateforme logistique d’une superficie de 100.000 m² à Ablaincourt (dans la Somme, en France) marque un jalon dans la problématique du transport puisque Ronveaux y a acheminé l’immense majorité des éléments constitutifs du bâtiment par bateau, à la demande du maître d’ouvrage.

Les «charpentiers du béton»

C’est ainsi que certains appellent Ronveaux en France. Et pour mériter cette dénomination flatteuse, rien n’est laissé au hasard. Un profil très particulier joue un rôle clé dans la satisfaction du client : l’ingénieur d’affaires du bureau d’études interne de Ronveaux. Bien épaulés par des équipes de dessinateurs, de préparateurs, de techniciens, de montage et par les services administratifs, ils sont actuellement 10 à donner de l’intelligence aux produits, créant une inestimable valeur ajoutée. Hormis le produit standard qu’est le poteau, les dalles alvéolées précontraintes (qui sont produites sur le site de Crisnée) et les poutres double pente (standardisées en termes de coffrage), tout est du véritable sur-mesure.

Unique interlocuteur du client, l’ingénieur d’affaires gère le projet de A à Z, que ce soit pour remettre prix, proposer des variantes, négocier les prix, et, une fois la commande engrangée, dimension­ner plus en profondeur les éléments pourtant déjà fort détaillés dans l’offre de prix, puis planifier avec les équipes de production, de la logistique et de la pose, le cas échéant. Un profil éminemment multidisciplinaire donc, pas facile à trouver mais offrant un énorme avantage pour le client.

Laborantins et logisticiens sont deux autres métiers indispensables pour garantir les performances visées. Les premiers établissent les bonnes formulations du béton et s’assurent de la conformité et des performances mécaniques des éléments et du béton produits, les seconds ont la lourde tâche de calculer et d’organiser le transport de pièces exceptionnelles avec des moyens qui le sont tout autant. Atout non négligeable, Ronveaux est propriétaire de toutes ses remorques.

Pas de performance sans sécurité

Récemment, Ronveaux a adapté son slogan en « La performance est un état d’esprit. La sécurité aussi ! ». De nouveau, ce ne sont pas des paroles en l’air. Bernard Dehut : « On vient au boulot pour gagner sa vie, pas pour la perdre. Et nos métiers ne sont pas sans risques. Nous avons mené des actions fortes, comme de nouveaux EPI pour le personnel, une signalisation sur le site entièrement refaite, … Notre engagement envers notre personnel est reconnu par tous. Mais nous ne pouvons toutefois pas répondre à tous les souhaits. Certains voudraient deux jours de télétravail par semaine alors que la création de valeur se déroule aussi en atelier. Nos métiers exigent une étroite collaboration entre les services. Beaucoup s’en sont rendu compte après le COVID et étaient heureux de revenir sur leur lieu de travail. »

Travaillant avec de la main d’œuvre locale conformément aux valeurs de l’entreprise et du groupe, Ronveaux a récemment vu sa compétitivité mise à mal par rapport à la concurrence étrangère. « Ce secteur d’activité est très chronophage en main d’œuvre et nous avons pris plus de 10% d’indexation automatique des salaires en 2022 alors qu’en France, les travailleurs ont parfois pu obtenir quelques pourcents. Afin de compenser ce déséquilibre, nous avons démarré un plan d’investissement sur cinq ans pour moderniser les équipements de nos ateliers. » (PS)