Une structure de lamelles en béton préfabriqué – L’attention subtile sur une réaffectation haut de gamme
La caserne Weyler, située dans le cœur historique de Bruges, a trouvé une nouvelle vocation après des décennies d’inoccupation. VDD Project Development bv, en collaboration avec Salens Architecten bvba, a revalorisé le site protégé de l’ancien couvent du XVIIe siècle pour en faire une zone verte et perméable avec des fonctions résidentielles et commerciales. Un volume résidentiel moderne a été discrètement intégré au-dessus des étages historiques du couvent d’origine, dissimulé derrière une structure en lamelles de béton préfabriquées, réalisées par Verhelst Bouwmaterialen nv.
L’ancien couvent des Thérésiens, classé monument protégé depuis 2004 pour sa valeur architecturale et historique datant du XVIIe siècle, a longtemps attendu une solution viable après des années d’inoccupation. Plusieurs promoteurs s’y sont essayés sans succès. En 2015, VDD a acquis le site ainsi que quatre immeubles situés sur la Ezelstraat. Ces maisons de deux étages étaient encombrées de dépendances qui s’étendaient presque jusqu’au couvent, obstruant ainsi les vues potentielles. Il s’est également avéré que le bâtiment d’angle sur la place Van Acker n’était pas cadastralement relié au couvent, empêchant toute connexion directe vers la place.
Il était impossible de restaurer pleinement les qualités du couvent sans intervenir sur le quartier environnant. L’achat et la démolition des propriétés adjacentes ont permis la création d’un jardin intérieur supplémentaire, restituant ainsi à l’aile sud du couvent l’accès à l’air, à la lumière et aux vues. De plus, la liaison avec la place Achiel van Acker a été réalisée, devenant aujourd’hui l’entrée principale, offrant une vue dégagée sur le nouveau jardin intérieur.
Projet d’ensemble à caractère mixte
Le projet comprend non seulement la reconversion de l’ancien couvent, mais également la création d’une nouvelle unité sur la Ezelstraat, qui combine rénovation et construction neuve, ainsi qu’un nouveau volume en intérieur d’îlot. En tout, 42 appartements ont été intégrés, et un espace commercial ainsi qu’un établissement HoReCa ont été aménagés au rez-de-chaussée de la Ezelstraat.. À l’arrière, un parking privé souterrain a été construit avec un accès depuis le parking à durée limitée adjacent. En apportant une solution durable à ce site autrefois abandonné et en le transformant en un quartier urbain animé, le projet agit comme un catalyseur pour l’ensemble de la zone.
La superstructure du couvent historique a joué un rôle central dans cette réaffectation. » À l’origine, le couvent se composait de deux étages et d’un toit », explique Olivier Salens de Salens Architects. « Cependant ce toit a été démoli dans les années 1960 et remplacé par un volume supplémentaire. L’analyse de l’histoire du bâtiment a permis de conclure que cet étage supplémentaire avait été ajouté lors de la période militaire du couvent et qu’il devait être remplacé. Deux options s’offraient à nous : créer un nouveau volume ou restaurer le toit d’origine. Cependant, la restauration du toit n’était pas envisageable d’un point de vue budgétaire ».
Ensemble harmonieux
Un nouveau volume de deux étages offrant un confort de vie contemporain a donc été superposé aux étages historiques du couvent d’origine. La nouvelle superstructure se caractérise par une architecture contemporaine à forte identité, où l’ancien et le nouveau se renforcent mutuellement. Les appartements sont subtilement dissimulés derrière une structure de lamelles en béton préfabriqué, qui réinterprète le rythme des couloirs du couvent. Vue de biais, celle-ci affiche un caractère fermé, en accord avec le passé clos du couvent et de la caserne.
Olivier Salens : « La période militaire fait partie de la riche histoire du bâtiment. Avec cette approche, nous avons essayé de concilier les deux, couvent et caserne. Lors de la conception de la superstructure, l’accent a été mis explicitement sur la préservation de l’atmosphère conventuelle. La superstructure devait rester subordonnée à la partie inférieure, tout en s’y intégrant harmonieusement. Une extension ou une superstructure présente souvent un contraste très marqué, mais nous avons voulu éviter cela. Nous avons délibérément choisi de ne pas opter pour une boîte noire en aluminium ou en bois, mais pour du béton d’une teinte proche de celle de la partie inférieure chaulée ».
Acidification
La nouvelle structure surmontant le couvent historique, ainsi que la construction rénovée sur la Ezelstraat et le nouveau volume en intérieur d’îlot, se distinguent par l’utilisation d’une remarquable structure en lamelles de béton préfabriqué. Patrick Decorte de Verhelst Bouwmaterialen explique : « Pour ce projet, nous avons produit des poutres inférieures, des poutres supérieures et des colonnes. » Au total, quelque 130 colonnes ont été utilisées comme lamelles, non seulement pour la nouvelle superstructure, mais aussi pour les deux autres sous-projets (Ezelstraat et nouveau volume en intérieur d’îlot, ndlr). « Nous avons également fabriqué trois autres éléments de terrasse pour l’arrière du bâtiment conventuel, avec une surface lissée. Les lamelles ont été placées verticalement, mais coffrées horizontalement. La face côté coffrage a été acidifiée manuellement après le décoffrage ».
Il a fallu un certain temps de concertation entre le fabricant et l’architecte pour parvenir à la bonne composition de béton. Patrick Decorte : « En termes de couleur surtout, il était important que les colonnes s’harmonisent avec les façades chaulées. Grâce à un prototype et à de nombreux échantillons, nous sommes finalement parvenus à la teinte beige souhaitée. En ce qui concerne la finition, tant les terrasses que les colonnes ont été acidifiées, mais il y a une différence dans le type de béton. Alors que les terrasses ont été réalisées en béton ordinaire, le béton autoplaçant a été choisi pour les colonnes ».
Rythme
La nouvelle superstructure du couvent historique instaure un rythme agréable. Et ce rythme dans la conception s’est également traduit dans la production. « Le haut degré de répétition était évidemment un rêve pour nous au niveau de la production », explique Patrick Decorte. « Presque toutes les colonnes avaient la même hauteur et la même section, ce qui a permis une utilisation optimale du coffrage. Ce projet a été particulièrement intéressant pour Verhelst, notamment en raison du haut niveau de finition exigé et de la beauté du résultat final. »
Olivier Salens ajoute : « Pour nous, ce rythme, inspiré des couloirs du bâtiment historique, était très important d’un point de vue architectural. C’est fascinant de voir que cet aspect a également été important pour la production. Grâce à une bonne collaboration et à beaucoup de patience de la part de Verhelst (rires), nous sommes parvenus à la bonne composition de béton. Bien sûr, nous devrons attendre de découvrir le résultat final, mais nous sommes déjà très satisfaits. Il y a le socle avec les couloirs du bâtiment historique, y compris le sous-sol, et il y a la superstructure à deux niveaux, cachée derrière les lamelles. Comme les fenêtres sont un peu plus profondes, on a l’impression qu’il n’y a qu’un seul étage et nous avons en fait créé un cloître contemporain, si typique d’un couvent. La superstructure est visuellement présente, mais elle n’apparaît certainement pas plus importante que la sous-structure. Dans les autres bâtiments également, la structure en lamelles apporte la chaleur, la robustesse et le rythme nécessaires. »
| La caserne Weyler Bruges , 2023
Maître d’ouvrage : VDD Project Development bv
Architects: Salens Architecten bvba
Bureau d’études : Bast architects / engineers bv ovv cvba
Entrepreneur : Himpe nv
Béton préfabriqué: Verhelst Bouwmaterialen nv
Chiffres clés:
Poutres inférieures et supérieures : 77 m
Colonnes: 700 m
Terasses : 3







